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Abdelwahab Meddeb
Lorand Gaspar
Lokenath Bhattacharya

 

 
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Abdelwahab Meddeb


La maladie de l'islam
Seuil, 224 pages
Si, selon Voltaire, l'intolérance fut la maladie du catholicisme, si le nazisme fut la maladie de l'Allemagne qu'ausculta Thomas Mann, l'intégrisme est, comme le démontre ce livre, la maladie de l'islam. Dans la tradition, l'accès à la lettre - Coran et tradition prophétique - était bien gardé : il fallait obéir à des conditions particulières pour l'interpréter et la faire parler. Mais l'accès sauvage à cette lettre n'a pu être empêché, et il est arrivé maintes fois que l'histoire ait à enregistrer les désastres qu'il a provoqués.
Avec les effets de la démographie et la démocratisation, les semi-lettrés ont proliféré, et les candidats qui s'autorisent à toucher à la lettre sont devenus infiniment plus nombreux : leur nombre renforce, hélas, leur fanatisme. Car ce sont des hommes du ressentiment, qui alimentent les rangs des intégristes.
Pour comprendre la genèse de cette maladie, il faut remonter loin dans l'histoire, à la Médine du Prophète (VIIe siècle), à la ville de Bagdad au temps des Abbassides (IXe siècle), à celle de Damas au XIVe siècle, après la fin des Croisades et l'épuisement de la vague mongole, à l'Arabie du XVIIIe siècle, avec la fondation du wahhabisme… C'est à ce voyage que nous invite ce livre, pour comprendre les raisons internes de la maladie d'islam, mais aussi les causes externes qui l'exacerbent : non-reconnaissance de l'islam par l'Occident ; reniement des principes par les Occidentaux dès que leurs intérêts le réclament ; hégémonie qu'ils exercent dans l'impunité et l'injustice - en particulier, de nos jours, sous la figure de l'Américain.


Matière des oiseaux
Poèmes, 96 pages, Fata Morgana
Matière des oiseaux, donc. L’expression est assez dense pour susciter l’écho dans l’une et l’autre de mes deux langues. Et je n’ai pas décliné matière au pluriel, ce qui aurait signifié la fiente que les volatiles expulsent pour blanchir les frondaisons et les façades. Le singulier retourne à l’amont, il repère le processus en son commencement et crée l’inouï qui invite à l’invention du sens, cherchant à trouver à tâtons le shème auquel s’adapte l’inconnu. La matière des oiseaux s’allie à la matière des artistes, des poètes, à ce qui se rapporte à leur art, ce qu’ils glanent dans l’expérience pour le transformer et dynamiser avec son apport l’œuvre. (Mais je ne chercherai pas à savoir si l’oiseau intégrerait dans sa faculté discriminatoire l’image du poète ; pour nous détourner d’un aléatoire exercice spéculaire, contentons-nous pour l’heure de constater que bien des oiseaux figés et animés, enrichissent le bestiaire qui court dans le poème, oiseaux vivants à côté des oiseaux du rêve, se métamorphosant en oiseaux mécaniques, en d’autres peints ou sculptés, tant de formes qui entretiennent une figure d’identification prompte à exciter le désir de voler, de gravir les cieux, qui ne quitte pas le poète depuis l’âge de l’enfance.)


Phantasia
Sindbad, 214 pages
Le personnage marche dans Paris, les sens aux aguets, l'esprit à l'affût, captant la sensation qui transfigure et l'idée qui illumine, à travers la saisie des objets qui fascinent en leur familiarité. Le moi, multiplié, est nommé dans l'ambivalence des pronoms. Comme pour situer le protagoniste dans la fragilité que procure l'insatiable quête de l'image féminine, changeante Aya, possédée, imprenable. D'élévation en descente, le narrateur et son double voient avec le regard de Dieu, ou s'égarent dans la cécité du chaos. Telle est l'inspiration de qui advient à la qualité d'étranger, jubilant dans sa vocation d'iconoclaste passager. En ses péripéties, se déploie un nouveau genre où, à la description qui fonde le roman, s'allient les visions de la poésie et la lucidité de l'essai, à la faveur d'une technique qui approche du collage, en sa façon d'intégrer, dans le flux ininterrompu, des signes et des traditions réputés inconciliables.

Aya dans les villes
Meddeb Abdelwahab, Alexandre Hollan (Illustrations)
Fata Morgana, 130 pages
Bannière, là-bas, au sommet de la plus haute montagne, capturée au premier regard, si loin, unique, dans le site où règne la pierre, avec ses couleurs fauves, ébauches naturelles de formes que l'esprit voudrait assimiler à des profils anthropomorphes, unique tache blanche qui clôture l'ensemble, crête ajoutée par la main de l'homme, qui, cette fois, ne s'est pas contenté d'entrer en émulation avec la disposition de la roche, invitant à la taille, à la sculpture.
En cette limite où s'épuise le don qu'offre la nature apparaît la tache blanche, bannière qui surplombe le reste, flottant comme une signature qui détourne le paysage de son contenu.
Dès mon arrivée, à l'heure où le jour épouse la courbe de son déclin, je suis irrésistiblement attiré par cette haute et pourtant humble blancheur. Mon œil maghrébin assimile cette cime immaculée à quelque célébration maraboutique. Y a-t-il endroit plus glorieux pour le retrait et la sainteté s'exerçant à travers la vaste vision qui domine le monde, celle dont jouit l'esseulé, dans la fréquentation des aigles et des serpents ? (Exrait)

La gazelle et l'enfant
Actes Sud, 54 pages
Pièce de théâtre sur le mythe de l'homme seul sur une île déserte mêlant conte, tragédie grecque et art du nô.

Les 99 stations de Yale
Abdelwahab Meddeb, Mehdi Qotbi (Illustrations)
Fata Morgana, 56 pages
"Le cheminement marque une pause entre deux séjours, deux sites, deux demeures, deux états ; entre deux temps, il scrute l’instant bref où il confronte de toute sa taille la vision ou la parole qui s’extériorise". C’est à Al Niffari que cette suite de 99 mawkif écrits à Yale à l’automne de 1993 emprunte son titre. Elle est illustrée de dessins inédits de Mehdi Qotbi.

Les Dits de Bistami (shatahât)
Abû Yazid Bistami, Abdelwahab Meddeb (Sous la direction de)
Fayard, 260 pages
Abù Yazid Bistami, qui vécut en Perse entre le VIIIème et le IXème siècle, est des plus grandes figures du soufisme. Son enseignement était oral, mais ses propos furent recueillis et traduits en arabe après sa mort.
Il doit sa célébrité aux Shatahât, ces dits d'extase, à la limite de l'impiété par leur audace, qui témoignent de la descente de Dieu dans l'homme et la perte de toute identité dans ce ravissement. De ce grand mystique "aux fusées d'orgueil étrange" Louis Massignon disait qu'il avait atteint à "une sorte de suspens de l'âme, qui plane immobile, dans l'intervalle entre le sujet et l'objet pareillement annihilés". La présente traduction offre pour la première fois aux lecteurs français, dans leur quasi-intégralité, les Dits paradoxaux et souvent sublimes de Bistami. Elle est due à l'écrivain et poète tunisien Abdelwahad Meddeb, dont l'une des sources de création est le soufisme.

Blanches traverses du passé
Abdelwahab Meddeb, J. Gasteli
Fata Morgana, 40 pages
Au prisme des cultures et des langues qui sont les siennes, ou encore au hasard de "l’album de sa mémoire", Abdelwahab Meddeb interroge la couleur blanche, qui évoque aussi bien les jours de lessive de son enfance tunisienne que les symboles de la blancheur dans la littérature soufi. Partant des murs chaulés de Mahdia, l’auteur aboutit à une réflexion d’ordre linguistique, philosophique et même mystique, sur les rapports ambigus de cette couleur à la pureté, à "l’espace de l’Absent" qu’elle crée, et qui appelle à la souillure, à ce qui fait trace, comme l’écriture sur la page.

Talismano
Abdelwahab Meddeb
Sindbad, 244 pages
Meddeb ne promet rien - qu'une débauche. Celle, d'abord, des sens - à l'entrée du roman, une ville Tunis, se déploie, odeurs et ombres, comme l'assouvissement d'un désir érotique. Mais aussi du sens - ravivant l'hérétique et le païen, le roman s'achève par le sacrifice d'un taureau. Talismano dessine la mosaïque secrète qui emboîte la tendresse des corps à la transe de la foule... Sans doute fallait-il un étranger, c'est-à-dire quelqu'un qui ne ressemble pas à son image, pour que le français, qui n'y est pas docile s'ouvre ainsi à l'ivresse. (Gérard Dupuy, Libération.)
Talismano a aussi cette qualité rare - que l'on retrouve entre autres chez Artaud d'Héliogabale, le Céline du Voyages ou le Burroughs des Enfants sauvages - d'être sombre de dansante et agressive manière. (Malek Alloula, Le Magazine littéraire.)